L’actualité judiciaire française a été récemment marquée par deux affaires criminelles d’une intensité rare, captivant l’attention du public et soulevant de profondes questions sur la justice, la vérité et l’impact médiatique : le procès de Cédric Jubillar pour le meurtre de son épouse Delphine, et le procès de Dahbia Benkired pour le meurtre de la jeune Lola Daviet. Alors que l’un a récemment trouvé un verdict de première instance, l’autre débute tout juste, plongeant la France dans des récits poignants et des débats complexes.
L’Affaire Jubillar : Un Mystère Sans Corps, un Verdict Controversé
L’affaire Delphine Jubillar est un dossier qui a tenu en haleine la France entière depuis la disparition de cette infirmière de 33 ans, mère de deux enfants, dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn. Son corps n’a jamais été retrouvé, ajoutant une couche de mystère et de douleur à cette tragédie.
Disparition et Accusation
Dès le lendemain de la disparition de Delphine, son mari, Cédric Jubillar, peintre-plaquiste, a signalé les faits aux gendarmes, affirmant qu’elle était partie sans laisser de traces, emportant uniquement son téléphone portable. Cependant, les incohérences dans ses déclarations et les éléments de l’enquête ont rapidement fait de lui le principal suspect. L’instruction judiciaire a été longue et difficile, d’autant plus que le sensationnalisme a souvent affecté les enquêtes journalistiques.
Le couple Jubillar était en crise. Delphine avait exprimé son désir de divorcer à l’été 2020 et avait même cherché des appartements sur Albi. La nuit de sa disparition, une dispute aurait éclaté entre Delphine et Cédric, des cris ayant été entendus par des voisines. Leur fils, Louis, âgé de 6 ans au moment des faits, a également témoigné avoir entendu ses parents se disputer, sa mère disant « Arrête-toi ! » et son père rétorquant « Alors on va se séparer ? ». Les lunettes de Delphine ont été retrouvées cassées, un détail qui a intrigué les enquêteurs.
Le Procès et le Verdict
Le procès de Cédric Jubillar s’est ouvert le 22 septembre 2025 devant la cour d’assises du Tarn à Albi, après quatre ans et demi d’enquête. Pendant quatre semaines, les débats ont tenté de faire la lumière sur cette nuit fatale, en l’absence de preuves matérielles irréfutables comme un corps ou des aveux. Cédric Jubillar a constamment clamé son innocence, déclarant avant le délibéré : « Je tiens à dire que je n’ai absolument rien fait à Delphine ».
Malgré ses dénégations, la cour d’assises a rendu son verdict le 17 octobre 2025, déclarant Cédric Jubillar coupable du meurtre de son épouse Delphine et le condamnant à 30 ans de réclusion criminelle, conformément aux réquisitions des avocats généraux. Ce jugement a été prononcé après un délibéré de près de six heures, avec une majorité de sept voix sur neuf parmi les jurés. Le même jour, ses avocats ont annoncé faire appel de cette décision, un nouvel examen du dossier étant donc attendu en 2026.
L’absence du corps de Delphine demeure une source de douleur profonde pour ses proches, et la question « Où est le corps de Delphine ? » reste sans réponse, même après le verdict. Cette affaire a été qualifiée de féminicide par les médias et certaines parties civiles.
Le Meurtre de Lola : Horreur et Quête de Vérité pour une Famille Endeuillée
Près de trois ans après les faits, le meurtre de la jeune Lola Daviet, âgée de 12 ans, est également au cœur de l’actualité judiciaire. Son corps avait été découvert le 14 octobre 2022 dans une malle, à proximité de l’immeuble du 19e arrondissement de Paris où elle résidait avec sa famille.
Un Crime Barbarie
L’affaire a provoqué une vive émotion en France et a fait la une des médias internationaux en raison de sa brutalité. La principale suspecte, Dahbia Benkired, une Algérienne de 27 ans, a été rapidement interpellée. Les images de vidéosurveillance l’avaient montrée entrant dans l’immeuble avec Lola et en ressortant plus tard seule, tirant de lourds bagages, dont une malle en plastique.
L’enquête a reconstitué une scène de crime sordide. Dahbia Benkired aurait contraint la fillette à la suivre dans l’appartement de sa sœur, lui aurait imposé des actes sexuels et l’aurait frappée à plusieurs reprises avec des ciseaux et un cutter. Lola est morte d’asphyxie, son corps ayant été enroulé d’adhésif, y compris sur l’ensemble du visage, avant d’être placé dans une malle.
Le Procès de Dahbia Benkired
Le procès de Dahbia Benkired s’est ouvert le 17 octobre 2025 devant la cour d’assises de Paris. Elle est mise en examen pour meurtre sur mineur de moins de 15 ans accompagné de tortures ou actes de barbarie et pour viol sur mineur, et encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
Dès le premier jour du procès, Dahbia Benkired a exprimé des « regrets », déclarant : « C’est horrible ce que j’ai fait et je le regrette ». Elle a également demandé pardon à la famille de Lola. Cependant, tout au long de l’enquête, l’accusée a déconcerté par sa personnalité complexe, ses déclarations fluctuantes, oscillant entre reconnaissance et contestation des faits, et un profil psychologique décrit comme « pathologique sévère » et dénué de remords apparents. Ses propos, tels que « Ça ne me fait ni chaud, ni froid » concernant la mort de Lola, ont particulièrement choqué.
La famille de Lola, présente au procès, cherche avant tout la « vérité » et a demandé à l’accusée de la dire « toute la vérité et rien que la vérité, à toute la France et à nous ».
Résonance Médiatique et Défis Judiciaires
Ces deux affaires, bien que distinctes dans leurs faits, partagent une résonance médiatique intense et posent des défis similaires à la justice française. L’affaire Jubillar, avec l’absence du corps de la victime et les dénégations persistantes de l’accusé, a été qualifiée de « feuilleton médiatique », suscitant un engouement public considérable et des comparaisons avec l’affaire Daval. La médiatisation a soulevé des questions sur son impact sur les jurés et la sérénité des débats.
De même, le meurtre de Lola a bouleversé l’opinion publique, et a également été instrumentalisé à des fins politiques, notamment autour des questions migratoires, bien que les parents de Lola aient demandé que le drame de leur fille ne soit pas exploité.
Ces procès mettent en lumière la difficulté de la justice à trancher des crimes graves avec parfois peu d’éléments matériels, et soulignent le défi de concilier impartialité judiciaire et intense pression médiatique. Ils rappellent également la quête incessante des familles de victimes pour la vérité et la justice, même face à l’horreur indicible et l’absence de réponses complètes.

